Estaminet Nord
Il n’est ni un restaurant, ni un café, pourtant on y mange et on y boit ! L’estaminet tient une place à part surtout dans la région. Il est aux gens du Nord ce que le pub est aux Irlandais… Un lieu où l'on se rassemble et où la convivialité est reine.
Une cuisine de terroir façon grand-mère, des bières artisanales faisant honneur aux brasseries locales, un zest de nostalgie dans le décor et une bonne dose de bonne humeur : voilà la recette qui fait le succès des estaminets du nord. Depuis une dizaine d’années, ils reviennent sur le devant de la scène. Les estaminets ont la côte. Alors qu’ils jalonnaient essentiellement les villages flamands, ils poussent aujourd’hui aux quatre coins de la région, de la Flandre à l’Avesnois en passant par la côte d’Opale. On en trouve même en Picardie ! Mais à voir fleurir la dénomination « ESTAMINET » sur de nombreuses façades, on en perd la notion réelle de ce qu’ils sont vraiment. Qu’est-ce qu’un estaminet ? Comment définir ces établissements si caractéristiques ?
Les avis divergent sur l'origine même du mot. On évoque l’espagnol « esta un minuto », là où on allait boire un coup vite fait quand l’empire de Charles Quint s’étendait sur une bonne partie du département du Nord. D’autres soutiennent qu’estaminet vient de l’expression flamande «Sta Mijnheer » (« entrez Monsieur »). Jacques Messiant, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, penche quant à lui du côté de l'origine wallonne « staminé », évoquant l'ourdissure des métiers de tisserands. L'estaminet était alors un lieu où les maîtres venaient glaner leur main-d’œuvre…
Un lieu de partage
Et oui ! Car, il y a une chose sur laquelle tous les spécialistes sont d'accord : l'estaminet est, et a toujours été un lieu de rassemblement. En 1802, l'Académie française le définit d'ailleurs comme une « assemblée de buveurs et de fumeurs ». Au début du XXe siècle, aller à l’estaminet, c’était s’aventurer sur la mauvaise pente ! Lieux de ralliement des contrebandiers entre la Belgique et la France, les pauvres y buvaient leur paie, les notables s’y dévergondaient, quant aux femmes, on les disait frivoles… Jacques Messiant va plus loin : « Dans une région industrieuse comme la nôtre, c'est à l'estaminet que le droit de grève et le syndicalisme est né. Les ouvriers textiles, les métallos, les mineurs, les marins et même les paysans : tous s'y retrouvaient ».
Alors oui, l'estaminet d'aujourd'hui a bien changé. Quoique, on continue à y refaire le monde… Certains diront qu'il s'est un peu guindé. Néanmoins, il est resté un lieu de sociabilité par excellence. A mi-chemin entre le bar et le restaurant, on y boit, on y joue, avant même de penser à manger ! Les mets, parlons-en. Ils sont simples et copieux, c'est la règle.estamin
La bonne chère
La carbonnade flamande et le potjevleesh - « petit pot de viandes » à base de poulet, de lapin, de porc et de veau servis dans de la gelée - restent les deux plats incontournables de tout bon estaminet qui se respecte. Suivis de près par les grillades et planches de charcuterie. Le tout servi… avec des frites bien sûr ! Les plus anciens et plus typiques se situent majoritairement en Flandre. Cassel, Godewaersvelde, Berthen, Boeschèpe, Esquelbecq… chaque village possède son estaminet. Certains n'ont pas assez des doigts de la main pour compter le nombre d'estaminets qui les fleurissent. Aujourd'hui, le phénomène s'est étendu aux territoires limitrophes comme la métropole lilloise ou encore l'Avesnois. Il n'est donc pas rare de trouver du poulet au Maroilles à la carte. Chaque secteur y va de sa spécialité. Enfin, l'estaminet, c'est aussi le soucis du décor et des jeux. Nappes en vichy, tresses de houblon, vieilles cafetières chinées en brocante, plaques émaillées, grandes tables en bois… l’ambiance est au rustique et aux petits objets qui ont fait le quotidien de nos aïeux. Elle est aussi à la fête. Les jeux traditionnels comme le jeu de la Grenouille ou le billard Nicolas complètent la panoplie du parfait estaminet. Attention aux quilles volantes ! Vous l'aurez compris, l'estaminet n'est pas le lieu propice pour demander sa belle en mariage… Amis épicuriens, vous savez où casser la croûte ce week-end !
A lire :
Sur l’histoire des estaminets :
- Les Estaminets du Nord de Jacques Messiant, Editions La Voix du Nord.
- Estaminets d’antan et distractions populaires écrit et édité par Jacques Messiant.
- Estaminets, une bière, des frites et des jeux, un art de vivre en Flandre de Marie-Laure Fréchet, Editions Les Beaux Jours.
Pour trouver un bon estaminet où déjeuner :
- Le Guide des Estaminets, PDN Editions, 300 bonnes adresses à la clé.
- Le guide Ravet-Anceau des Estaminets, Ravet Anceau.
Vous souhaitez déjeuner ou dîner dans les Hauts-de-France ? Arrêtez-vous dans l'un de nos Estaminets Hauts-de-France et Restaurants Ch'tis ! Bon appétit !
