Région Nord

Le Carnaval de Dunkerque

Le Carnaval de Dunkerque

Chaque année, pendant plus de deux mois, Dunkerque et ses voisines se transforment en de gigantesques scènes de théâtres où l’on chante et l’on danse bras-dessus bras-dessous. Le carnaval de Dunkerque, bien que puisant ses origines au XVIIe siècle, reste le plus grand rassemblement populaire de la région.

Les guerres, les catastrophes et autres crises n’auront pas eu raison du carnaval de Dunkerque. Alors qu’on ne cesse de lire un peu partout que les traditions se perdent, celle de se déguiser et de faire la fête tous ensemble perdure depuis des siècles à Dunkerque. Chaque année, des dizaines de milliers de personnes participent à la folie qui s’empare de la ville. De janvier à mars, on déambule en bandes joyeuses dès le matin, parfois sans avoir dormi la veille… munis de masques, perruques, maquillages et costumes colorés. De temps en temps, on marque une pause chez un ami voisin, qui offre à boire et à manger. Des haltes souvent copieusement arrosées de bière et de soupe à l’oignon ! On dit alors que l’on “fait chapelle”. Le point d’orgue des festivités se déroule la semaine du mardi gras. Le dimanche après-midi, la bande des pêcheurs de Dunkerque – la plus impressionnante tant par le nombre que par la vigueur – entre en piste. Traditionnellement, le départ a lieu vers 15 h rue Saint-Matthieu. Méconnaissables sous leurs maquillages bariolés, les carnavaleux appelés également « masquelours » forment des lignes et attendent le signal du tambour-major qui dirige la musique.

 

Entrez dans la bande !

Au signal, fifres et tambours entament le rigodon d’honneur. La foule saute alors en cadence et met déjà à l’épreuve les premières lignes. C’est en effet aux premiers rangs que revient la lourde tâche de protéger les soixante musiciens vêtus de leur célèbre ciré jaune. Puis, le tambour-major fait cesser le rigodon. Le cortège peut commencer à déambuler à travers la ville. Lorsque les fifres (petits instruments à vent de la famille de la flûte traversière) jouent, les carnavaleux avancent en marchant doucement. Quand les trompettes prennent le relais, place au chahut ! C’est l’explosion. On danse, on chante des airs traditionnels. Les mouvements de foule sont impressionnants mais le savoir-faire des premières lignes évite tout incident fâcheux. Vers 17 heures, la place de la mairie est noire de monde… Devant l’hôtel de ville, la masse compacte et colorée réclame son dû : le hareng ! Le maire et son conseil municipal lancent alors des harengs fumés, enveloppés dans un film protecteur. Imaginez la bousculade ! Puis, du haut du balcon central, le maire brandit un homard en plastique et le jette à la foule. La tradition du lancer du homard est récente, c’est un clin d'œil au maire actuel de Dunkerque : Michel Delebarre. La foule scande en effet : « Delebarre, des homards ». Une telle scène se reproduit six fois. Celui qui a la chance de s’emparer d’un homard peut le rapporter à la mairie où il lui sera remis en échange, un bon pour en obtenir un vrai dans une poissonnerie… Mais beaucoup préfèrent le garder en trophée ! Après quatre heures de fête, les carnavaleux se retrouvent au pied de la statue de Jean Bart pour le rigodon final. Le chahut dure près d’une heure, tout le répertoire du carnaval y passe ! Les carnavaleux tournent, tournent, jusqu'à l'hymne à Cô'Pinard, qui dirigea la bande de Dunkerque pendant 25 ans. Ensuite, les carnavaleux chantent à genoux la Cantate à Jean Bart, figure incontournable de la ville. La bande se termine vers 20 heures dans un moment d’une extrême émotion. Mais chacun se promet de se retrouver lors d’un bal, le soir même ou le week-end d’après. C’est en effet au début du XIXe siècle, qu’apparaissent, en marge du défilé, les bals nocturnes. Des associations philanthropiques les organisaient afin de récolter des fonds pour les veuves et les orphelins des pêcheurs. Depuis, les bals constituent des rendez-vous incontournables de tout bon carnavaleux.

En marge des carnavals traditionnels

Mais pourquoi le carnaval de Dunkerque est-il si populaire ? Sa longévité s’explique sans doute par son caractère original. Son origine, par exemple, n’est pas liée aux fêtes religieuses. Alors que la plupart des carnavals sont issus de la période précédant le carême – il faut faire la fête avant le jeûne – celui de Dunkerque appartient véritablement à l’histoire de la ville. Au XVIIe siècle, les armateurs avaient en effet pour coutume d’offrir de grands festins à leurs marins avant la pêche à la morue. Les pêcheurs s’embarquaient alors pour six mois vers l’Islande dans des conditions très difficiles. Quelques jours avant l’expédition, ils se paraient de masques et de déguisements avant de s’adonner à leurs réjouissances favorites. Depuis, les Dunkerquois ont toujours suivi cette tradition. Le départ pour l’Islande et la « foye »  donnée en cette occasion coïncidaient en fait avec les jours gras qui annoncent le début du carême. En 1847, pour la première fois, les parapluies sont de sortie lors d’une bande pluvieuse, ils ne quitteront plus les carnavaleux… Malgré les affres de l’histoire (ville détruite à plus de 80 % lors de la Seconde Guerre mondiale), le carnaval est resté bien vivant. On raconte d’ailleurs que l’une des bandes les plus grandioses fut celle de février 1946. Le carnaval est à Dunkerque ce que la tour Eiffel est à Paris : sa plus grande fierté.

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